Érik Satie
Croquis et Agaceries d’un Gros Bonhomme en Bois
 
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ÉRIK SATIE (1866 - 1925)

À la fin du XIXième siècle, les amateurs de la musique de Satie disaient de lui que sa façon de vivre n’avait d’autres règles que la « pure folie »! Les titres mystérieux qu’il donnait à ses curieuses pièces de piano le confirment bien : Trois morceaux en forme de poire, Songe creux, Trois valses distinguées du précieux dégoûté, Airs à faire fuir, Véritables préludes flasques pour un chien, Embryons desséchés, etc.!

On le surnommait le gymnopédiste, connu pour ses célèbres Gymnopédies qui comptent parmi les trouvailles mélodiques de l’auteur. « Dans les faits, personne avant lui n’avait composé comme cela et personne ne devait le faire par la suite » écrit Anne Rey dans son essai sur Érik Satie (Editions du Seuil, 1974). Éditées à des époques différentes, six pièces portent le titre de Gnossienne (1889-91 et 1897). Les trois premières, la cinquième et la sixième sont caractérisées par leur souple mélodie linéaire constituée en séquences, héritées de la basse en accords plaqués des Gymnopédies, accords exceptionnellement remplacés dans la quatrième par des arpèges. Le caractère ornemental et lancinant de la mélodie confère à ces pièces insolites une ambiance vaguement « orientale », inspirée de la musique roumaine.

L’explication est simple : en 1889, Satie visite comme tout le monde l’Exposition universelle à Paris et découvre les musiques d’ailleurs; il reste fasciné par une formation d’instrumentistes roumains se plaisant à une musique à l’expression de sentiments contemplatifs et rêveurs qu’ils paraissent porter en eux; une musique donnant une impression vague et monotone, d’un charme berceur et captivant, un peu de ce que l’on retrouve dans les Gnossiennes. Comme titre, un néologisme fondé sur la racine du mot grec gnôsis signifiant connaissance, les Gnossiennes sont, plutôt qu’un style, le résultat d’une séduction quelque peu mystérieuse. Les Airs à faire fuir et les Danses de travers (1897), six pièces publiées par la suite sous l’appellation générique des Pièces froides, comptent parmi les plus incontestables réussites de Satie, un divertissement musical à la fois modeste et fondé sur la répétition de brèves structures et de motifs fermés.

Mentionnons cette originalité que l’on retrouve dans les trois Danses de travers, à savoir une basse arpégée constante (270 arpèges continues de la main gauche), y soutenant d’un égal balancement la marche d’une mélodie en porte-à-faux. « Lent et douloureux, lent et triste, lent et grave » a précisé Satie en tête des trois Gymnopédies écrites en 1888. Debussy a orchestré et dirigé la première et la troisième qu’il trouvait d’un climat raffiné et d’un charme ambigu! Les Gymnopédies comptent, il faut le redire, au nombre des trouvailles mélodiques du compositeur et leur intérêt réside surtout dans cette particularité toute simple : la mélancolie.

Des cinq Nocturnes pour piano de Satie (1919), les deux premiers constituent un retour à la pure ligne musicale et à l’émotion limpide, sans toute autre forme d’extériorisations polyphoniques compliquées. Les Croquis et Agaceries d’un Gros Bonhomme en Bois ont été composés à l’été 1913 : La Tyrolienne turque, à vocalises débouchant par associations d’idées sur les trémolos à l’octave de la « Marche turque » de Mozart. La Danse maigre, « sèche comme un coucou », sorte de mouvement perpétuel plutôt lent et guindé, accompagnement rêvé pour la danse triste et mécanique des personnages d’un film muet. Espanana, sous couvert d’égratigner un peu Maurice Ravel, à une époque où il était à la mode de composer des pièces à caractère hispanique. À la période « Rose-Croix » appartiennent plusieurs préludes (entre autres les Préludes d’Éginhard et du Nazaréen), les Danses gothiques et le Prélude de la Porte Héroïque du Ciel, exécuté en 1894 au cours de la présentation d’un drame de Jules Bois (directeur d’une revue d’ésotérisme).

À cette époque, Satie rassembla les éléments qu’il possédait et s’en fit une formule particulière, déclarant tout le reste inexistant et même nuisible. Maître de chapelle de l’Église métropolitaine d’art de Jésus conducteur, Satie se considérait comme le métayer de Dieu. Ainsi, ce prélude se situe au fond dans le prolongement des fresques immobiles par lesquelles il avait essayé de traduire le mysticisme Rose-Croix. Le Prélude en tapisserie (1906) : un récitatif divisé en séquences et peu rythmé, des arabesques sur fond mosaïqué, comme des figures rapportées sur une tapisserie ...

(Texte d’après l’ouvrage : Érik Satie, par Anne Rey, Editions du Seuil - Collection Solfèges, no 35, 1974).

 

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